Hommage à Pierre Dansereau

Résumés des communications

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Jeudi 7 mai

15:00 – 15:45
CONFÉRENCE - HOMMAGE


PIERRE DANSEREAU, HOMME DE SCIENCE ET DE CONSCIENCE

Paulo Freire Vieira, Universidade Federal de Santa Catarina
et Mauricio Andrés Ribeiro, Agence nationale de l’eau du Brésil

Nous allons dresser un bilan cursif du cheminement de Pierre Dansereau comme chercheur-éducateur et citoyen du monde – y compris les investigations qu’il a animé pendant ses séjours au Brésil. L’intention est de jeter un regard panoramique sur l’ampleur, la cohérence et l’originalité de son œuvre, qui dépasse largement les frontières de la science pour toucher à la réflexion philosophique, à l’art et, encore plus loin, à la quête spirituelle. Pour cela, nous partageons notre empreinte personnelle dans l’appropriation de ses idées et les souvenirs des tranches de vie qu’on a goûtées ensemble plusieurs fois, au Brésil et aussi au Québec. Nous voulons surtout faire ressortir, outre le rayonnement de son œuvre parmi plusieurs chercheurs brésiliens, notre perception selon laquelle Pierre Dansereau était à la fois un homme de science et de conscience.  Comme un précurseur éminent du débat sur les limites biosphériques de la croissance matérielle des années 1970, il prônait une éthique écologique inspirée de l’écologie humaine systémique et qui serait en mesure de guider les démarches d’écodécision dans les champs de la planification et de la gestion du développement. Finalement,  il a toujours cultivé une âme d’artiste. Son sentiment d’émerveillement devant la beauté de la nature était une composante indissociable de sa façon d’être au monde, d’interagir avec ses semblables et de partager - comme écrivain et photographe inspiré - son espoir en la régénération de la culture moderne par le biais d’une austérité joyeuse.

16:15 - 17:15
TABLE RONDE


LES GRANDS ENJEUX DE LA RECHERCHE EN SCIENCE DE L'ENVIRONNEMENT

Animation : René Audet, Institut des sciences de l'environnement - ISE

Catherine Jumarie, Centre de recherche en toxicologie de l'environnement -TOXEN
Marie-Andrée Caron, Centre de recherche Organisations, Sociétés et Environnement - Centre OSE
Johanne Saint-Charles, Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l'environnement - CINBIOSE
Marie Larocque, Centre de recherche en géochimie et géodynamique - Geotop

Alors que les problèmes environnementaux s’intensifient, leur complexité – c’est-à-dire la multitude des facteurs en interactions qui les engendre – continue d’augmenter. Cette complexité croissante rend la connaissance et la gouvernance des problèmes environnementaux à la fois plus nécessaire et plus périlleuse. Elle impose aux chercheurs des sciences de l’environnement des questions qui touchent la validité et la pertinence de leur recherche, tant au niveau des façons de faire que des liens qu’ils développent avec les chercheurs d’autres disciplines et acteurs sociaux bénéficiaires ou partenaires. Cette table-ronde abordera ces enjeux de la recherche en sciences de l’environnement à travers les expériences des participantes sur les questions suivantes :

  • Les collaborations avec des chercheurs d’autres disciplines (Quels sont les défis, mais surtout comment ces collaborations peuvent s’amorcer? Sur quelles bases?);
  • Le rôle des « parties prenantes » dans la recherche (Comment peuvent-ils contribuer à la formulation des problématiques et des questions de recherche dès de départ? Quelles sont les différentes modalités du « transfert des connaissances »?);
  • Le financement de la recherche interdisciplinaire (Les programmes actuels répondent-ils au besoin de la recherche en sciences de l’environnement? Comment les améliorer?).

 

Vendredi 8 mai

09:15 - 09:45
CONFÉRENCE – HOMMAGE


DANSEREAU, ÉCOCITOYEN ET ÉCOPÉDAGOGUE

Lucie Sauvé, Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et l’écocitoyenneté  - Centr’ERE

"Si je n'apprends rien de vous, il se peut que vous n'appreniez pas grand-chose de moi." Une telle sagesse pédagogique habitait cet écologue/écologiste qui se plaisait à « saluer les fleurs par leur nom » et savait écouter pour mieux communiquer. Toute son œuvre est axée sur notre oïkos dont il a tenté de mieux comprendre et faire comprendre le réseau des relations qui tissent le lien entre l’humain, sa société et les autres composantes des écosystèmes. Il a su célébrer la complexité du vivant à travers l’interdisciplinarité, et en conjuguant l’approche intuitive, artistique et scientifique. Il a su partager ses recherches à travers des synthèses efficaces, comme il a su contribuer à lancer l’alerte écologique. Son espoir était contagieux. Nous tenterons de saisir en quoi il peut-être considéré comme un écopédagogue. Quels sont ses apports à l’écopédagogie? Comment rejoint-il la dimension politique de ce courant éducatif? Également, comment Pierre Dansereau a-t-il pu contribuer à nourrir l’idée d’écocitoyenneté? Comment les fondements qu’il nous a légués et les formes d’engagement qui ont caractérisé sa trajectoire de vie peuvent-ils inspirer la dimension écocitoyenne de notre ancrage dans ce monde? Enfin on peut tenter d’imaginer comment Pierre Dansereau s’inscrirait dans la mouvance écocitoyenne actuelle au Québec… Comment son héritage peut-il nous guider au cœur des débats de société sur la question du Plan Nord par exemple, de l’« austérité », du « développement  durable » des hydrocarbures, du rétrécissement des espaces de démocratie formelle dans les consultations publiques, et tant d’autres ...?

10:15 - 12:00
SÉANCE DE COMMUNICATIONS


DE LA BIOGÉOGRAPHIE AUX SCIENCES DE L'ENVIRONNEMENT

Animation : Michel Labrecque, Jardin Botanique de Montréal

La traversée du XXe siècle par Pierre Dansereau présente d’étonnantes similitudes avec celle de Charles Darwin pour le siècle précédent. Il s’agit ici de mettre en évidence et de donner un sens à ce jeu de concordances dont l’aboutissement chez l’un et l’autre est d’inscrire l’humain dans la matérialité du monde. Pour y arriver Pierre Dansereau part des constats obligés que l’élaboration de sa sociologie végétale a induits. S’y retrouve le concept énoncé par Darwin de « sympathie de plus en plus élargie » que Dansereau enrichit d’un corollaire, celui de la « solidarité biologique ». Ces fonctions positives sont ainsi instituées tels les moteurs du vivant et non comme « la loi du plus fort » qu’affectionnent les lecteurs pressés et réducteurs de Darwin, soit depuis Spencer les penseurs essentialistes en quête d’absolu. Lire aujourd’hui Pierre Dansereau ou l’écouter (grâce aux nombreux enregistrements dont on dispose) reste une activité pertinente et tonique. Car au-delà du fait de nous aider à mieux comprendre nos rapports aux autres et au monde, ses idées équivalent à «un phare qui suggère la bonne conduite…» (L-E Hamelin). Il devient ainsi possible de prendre du recul vis-à-vis du Zeitgeist actuel qui nous focalise autour du débilitant « fantasme de l’homme autoconstruit ». Telle une rose des vents, la pensée de Pierre Dansereau étend son efficacité heuristique autant à l’horizontale qu’à la verticale du « paysage intérieur » de chacun, s’il s’y réfère. Que cela soit le scientifique dont les travaux  affûtent notre compréhension du réel ou chacun d’entre nous désirant embellir son mode de penser le monde « que nous ne traversons qu’une fois » (S. J. Gould).

La controverse socio-environnementale sur l’aménagement forestier en forêt boréale dure depuis au moins 15 ans. Les scientifiques proposent pourtant des théories susceptibles d’aider à une prise de décision raisonnée qui devrait en principe la réduire. Par contre, les acteurs instrumentalisent les informations scientifiques en utilisant, parmi celles qui sont disponibles, les théories qui servent le mieux leurs intérêts. Les informations scientifiques que s’approprient les acteurs alimentent donc autant la controverse qu’elles permettraient de la résoudre. Nous proposons de présenter ce qui, dans les théories scientifiques sur la forêt boréale, permet aux acteurs d’alimenter leurs certitudes. Séparée du monde, la science s’écrit dans des discours qui trouvent leur cohérence dans des paradigmes et leur légitimité dans l’observation stricte et rigoureuse des règles de l’élaboration des énoncés scientifiques. La vérité – correspondance offerte par les discours scientifiques à propos de la forêt boréale –  n’est pourtant pas unique : différents chercheurs, s’appuyant de manière implicite sur des paradigmes différents, énoncent des résultats parfois contradictoires. Par ailleurs, la description fine des processus naturels ne fournit pas de règle éthique. Tous les scientifiques,comme n’importe quel humain, sont des agents moraux et leur description du monde s’accompagne aussi de prescriptions sur ce qu’il convient d’en faire. Les amalgames clandestins entre science et éthique rendent difficile le dialogue entre les humains qui accompagne les prises de décisions à propos de la forêt boréale.

  • Un compagnon de route aux milles questions : l’œuvre de Pierre Dansereau et l’enseignement des sciences de l’environnement aujourd’hui
    Nicolas Milot

Si l’œuvre de Pierre Dansereau s’inscrit dans la phase d’éveil de ce que l’on appelle aujourd’hui les sciences de l’environnement, nul doute que son intégration dans la formation contemporaine des professionnels et chercheurs de ce secteur d’activité suscite le débat. L’approche systémique qu’il a adoptée est-elle pertinente? Sa vision de l’interdisciplinarité est-elle toujours d’actualité? Il n’en demeure pas moins qu’entre sa contribution au champ spécifique de l’écologie et sa conceptualisation du paysage intérieur, en passant par l’incontournable « boule-de-flèches », l’œuvre de Pierre Dansereau a mis en lumière, dans le contexte qui était le sien à divers moments de sa vie, les enjeux de la production et de l’utilisation de la connaissance dans le champ de la prise en charge des enjeux environnementaux. Nous croyons ainsi que ce n’est non pas en questionnant la pertinence ou l’efficacité des approches qu’il a initiées, mais bien plus en s’interrogeant « avec lui » sur le monde, en mettant en parallèle nos contextes respectifs – le sien et les nôtres – qu’une intégration de l’œuvre de Pierre Dansereau s’avère pertinente pour les étudiants en sciences de l’environnement. En nous basant sur divers moments de sa vie et sur les questions qui l’ont animé, nous soutenons que Pierre Dansereau continue d’être un compagnon de route de grande valeur si on accepte pour un instant de remettre à plus tard la quête de propositions concluantes et de s’intéresser à cet homme de talent pour les questions davantage que pour les réponses.

La résilience, un terme issu de la dynamique des systèmes dont Pierre Dansereau s’était fait le champion dans le domaine des sciences de l’environnement, s’impose comme un nouveau paradigme de la pensée et de l’action liée à l’adaptation aux impacts des changements climatiques. Cependant, l’utilisation du concept de résilience soulève des questions d’ordres pratique et théorique. Ainsi, bien que ce terme renvoi à l’idée de renforcement des communautés, des sociétés ou des secteurs dans une approche plus holistique axée sur les valeurs intrinsèques du système à l’étude, en pratique, il est souvent utilisé de manière interchangeable avec l’adaptation au sens « classique ». Ce concept, axé fortement sur le rétablissement d’un système suite à des perturbations, met principalement l’accent sur les aléas climatiques et moins sur les évolutions à long terme du cadre de référence écologique et climatique qui nécessitera une transformation fondamentale des sociétés. Cette transition invoque la faculté des systèmes socio-écologiques de se comporter comme des systèmes auto-évolutifs. Cela renvoie à la notion de « contrôle » dans la « boule-de-flèches » de Pierre Dansereau, ancrée dans le concept de noosphère de Le Roy, Vernadsky et Teilhard de Chardin. À cette fin, d’autres dimensions des sociétés humaines doivent être considérées, comme l’interaction entre la connaissance scientifique et la prise de décision, la perception des changements et des risques, et le rapport à la nature, que Dansereau évoque comme notre « paysage intérieur ».

  • « Nos faillites ne sont que celles de notre manque d’imagination »… Pierre Dansereau
    Louise Vandelac

Dès 1970, soucieux de décloisonner les connaissances et d’en faire la symbiose, Pierre Dansereau a tenté de conjuguer les savoirs et de renouveler les cadres théoriques, méthodologiques et les pratiques de recherche et d’intervention afin d’analyser l’enchevêtrement des facteurs à l’origine de la dégradation accélérée des écosystèmes et les enjeux qui s’y jouent. Il considérait que l'écologie permettrait surtout d’opérer des percées conceptuelles, révolutionnant les savoirs, d’où son intérêt pour les sciences de l’environnement, ce champ d’intégration visant à appréhender les interactions dynamiques entre sociétés et systèmes écologiques pour tenter d’éclairer et de résoudre les grands problèmes environnementaux. En prenant en compte ses idées, et suite aux études du NCSE regroupant 1000 programmes universitaires en environnement aux États-Unis, aussi bien qu’aux travaux menés à la Commission canadienne pour l’UNESCO et au sein du Réseau des Maisons des Sciences de l’Homme en France, nous examinerons: l’importance stratégique des approches intersectorielles en sciences de l’environnement, en évoquant certaines percées conceptuelles porteuses; les nécessités de recadrer et de soutenir les sciences humaines et sociales pour opérer ces percées conceptuelles et “faire naître du nouveau” pour reprendre les termes d’Hannah Arendt; et finalement,l’impératif d’approches intersectorielles critiques face à certains enjeux technoscientifiques s’apprêtant manifestement à redessiner l’avenir commun.

13:30 - 14:30
TABLE RONDE


LE PAYSAGE INTÉRIEUR ET LES FONDEMENTS D’UNE ÉCOLOGIE HUMAINE

Animation : Isabel Orellana, Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et l’écocitoyenneté - Centr’ERE

Robert Kasisi, Faculté d’aménagement, Université de Montréal
Tom Berryman, Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et l’écocitoyenneté - Centr’ERE
Pascal Galvani, Université du Québec à Rimouski
Nicolas Reeves, École de design, Université du Québec à Montréal (à confirmer)

L’œuvre de Pierre Dansereau nous parle de cette Terre des Hommes qui souffre de ses paysages dominés à cause d’une catastrophe écologique sans précédents, qui met en péril la vie. L’être humain s’est aliéné de sa propre condition d’être vivant. Il s’est placé au centre de la Nature, dit Dansereau, en investissant ses pouvoirs de rationalité et en privilégiant la suprématie au lieu de l’intégration dans les systèmes de vie. Sa forme de vie a dégradé les liens Homme-Société-Nature. L'être humain est en mal de vivre.
L’écologie humaine nous parle d’un homo sapiens transformé en homo demens par l’ambition, la cupidité et l’avidité. Il a accumulé des connaissances qui ont augmenté son pouvoir, mais il a parcelé et brisé le lien qui les relie et a négligé ou ignoré l’intégration de la diversité de savoirs existants. Il a bâti un monde où des conditions nocives pour sa santé mentale et physique et pour les systèmes de vie se sont imposées comme un mal nécessaire, souligne Pierre Dansereau.
« Les paysages transformés par les sociétés humaines portent aujourd’hui la marque de cette escalade où la volonté de puissance a fait autant de dommages qu’elle a maitrisé de ressources », nous dit-il. Les paysages réels et les paysages imaginaires sont en rupture. L’être humain et les sociétés sont malades du progrès. « L’illuminisme de la raison a éloigné l'être humain du savoir de la vie. »
Mais les opportunités sont cependant ouvertes pour se rebâtir : la crise écologique actuelle constitue un enjeu civilisatoire qui permet de confronter le paradigme dominant et la rationalité de la modernité. Il s’agit d’une conjoncture qui fait appel au dialogue entre les sciences biophysiques et sociales pour construire « une épistémologie des absences » (savoirs relégués, méprisés ou ignorés) et pour valoriser la réalité au delà des données factuelles, à partir aussi de l’imaginaire et de l’émergent, brisant la vision linéaire du temps et la fuite vers le futur, en valorisant le présent. Le contexte de crise est une opportunité pour la reconstruction de nouveaux imaginaires sociaux et d’un nouveau sujet politique, conscient et actif assumant ses droits et responsabilités éco-sociales, un être humain et des collectifs qui épanouissent ses dimensions cognitives, sociales, morales, éthiques, esthétiques, symboliques, spirituelles, qui apprennent à faire, à agir, à être et à vivre ensemble, en renouant en toute dignité et responsabilité avec la vie.

Questions

  • Comment la loi écologique pourrait être reformulée comme principe éthique? questionnait Pierre Dansereau. Comment cela serait-il possible en effet, afin de cheminer vers la possibilité d'une reconstruction plus harmonieuse de l’être humain au sein de la trame de vie, en plaçant les valeurs de respect, responsabilité, dignité et solidarité au centre de son agir?
  • Quels sont les enjeux associés à la tension existante entre droits et responsabilités éco-sociales des personnes et collectifs et comment y répondre dans une perspective d'avénement d'un changement civilisatoire?
  •   « Les forces psychosociales et la perception occupent une position de levier dans l’écosystème », disait le professeur Dansereau. Comment cela peut contribuer à déconstruire et surmonter les piliers de la civilisation hégémonique aujourd’hui en crise?
  • Comment serait-il possible de cheminer de l’« épistémologie de l’aveuglement » à une écologie des savoirs qui contribue à la décolonisation épistémologique? Comment valoriser la diversité de savoirs, le patrimoine culturel des peuples, les savoirs du sens commun qui mettent en évidence une éthique de vie?  

14:45 - 16:45
SÉANCE DE COMMUNICATIONS


DE L'ÉCODÉCISION À L'ÉCODÉVELOPPEMENT: ENJEUX ÉTHIQUES, RESPONSABILITÉ ET ENGAGEMENT

Animation : Jean Lebel, Centre de recherches pour le développement international - CRDI

  • Résoudre des controverses sociales par l’intégration des connaissances locales et techno-scientifiques-interdisciplinaires : une approche souhaitable
    Maria de Lourdes Vazquez

Des sites miniers à restaurer, des déversements d’hydrocarbures qui inquiètent, des réserves en eau douce de la planète à préserver, une forêt à gérer, des énergies renouvelables à favoriser, des emplois à conserver, une adaptation aux changements climatiques à démarrer: le tout dans un même territoire qui abrite autant des ressources naturelles que des êtres humains. Voilà les ingrédients de controverses sociales complexes et actuelles. Face à ces controverses, des critères et des indicateurs de développement durable peuvent être conçus. Des connaissances en modélisation, en analyse spatiale, en génie, en sciences politiques ou en biologie, par exemple, peuvent être mises ensemble pour analyser un même problème. En plus, pour favoriser le développement durable, la connaissance locale doit être mise de l’avant, comme le souligne le Principe 22 de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement (1992). Pour inclure cette connaissance, il faut également appliquer le Principe 10 de la même déclaration : la participation. Nous proposons une approche transversale entre méthodes, modules, préoccupations, espaces et concepts comme façon de résoudre une controverse sociale à partir d’une analyse socioculturelle, économique et environnementale. En agissant ainsi, nous adhérons à un des principes qui ont guidé le travail de Pierre Dansereau : faire converger les différents savoirs. Ceci nous guide et nous anime à continuer de travailler pour conserver un environnement où l’humain et tous les autres éléments de la nature puissent vivre en harmonie.

  • Acteurs sociaux, éthique, gouvernance et soutenabilité : un cadre d’analyse à partir de la perspective de l’écodéveloppement
    Cristián Parker Gumucio

Les acteurs sociaux construisent la gouvernance environnementale et une analyse correcte de ce phénomène peut aider à améliorer les chances du changement vers l’écodéveloppement. Dans le cadre des modèles néolibéraux, la gouvernance environnementale a conduit à l'incorporation des acteurs privés. À l'importance de la participation des entreprises, notamment transnationales, s’oppose le rôle accru des acteurs de la base, c’est-à-dire les communautés locales et les groupes affectés par les mégaprojets miniers ou électriques et leurs impacts environnementaux et sociaux.  Ces nouvelles conditions dans lesquelles émergent de nouveaux partenaires stratégiques doivent être analysées à la lumière de l’analyse politique, de l’analyse éthique et des nouvelles approches pour les acteurs sociaux. Maintenant, les acteurs pertinents concernent non seulement le gouvernement, les acteurs politiques et les entreprises, mais aussi les acteurs socio-environnementaux et les experts dans leurs divers rôles. Cette nouvelle situation exige une perspective renouvelée de démarche écosociale et éco-éthique. En examinant les relations de pouvoir et les conflits, on doit surmonter l'approche classique des parties prenantes ou «stakeholders». En arrière-plan de la lutte pour les modèles de développement durable et de l'éco-alternative on peut déceler les représentations sociales des acteurs stratégiques sur les questions environnementales et étiques relatives aux mégaprojets. Les conflits ne sont pas simplement le fruit de contradictions d'intérêts mais aussi des confrontations des visions du développement écologique et éthique. Cet article considère des expériences et des études empiriques réalisées en Amérique du Sud en appui au cadre d'analyse proposé.

Celui qui a été qualifié d’«écologiste aux pieds nus » a laissé des traces importantes au Brésil.  Dès son premier séjour en 1945-1946, il enseigne la géographie dans un contexte où cette discipline est encore balbutiante dans le milieu universitaire. Il contribue ainsi à la formation de jeunes étudiants qui deviennent parmi les premiers disciples au Brésil de sa pensée écologiste. De plus, à titre de chercheur, il devient membre du Conselho Nacional de Geografia et collabore avec la Division botanique du Museu Nacional du Rio de Janeiro, et publie de nombreux articles. Nul doute que Dansereau contribue à l’avancement des connaissances dans le domaine de la biogéographie et de la botanique au Brésil. Mais qu’en est-il de sa pensée écologique ? Au-delà de la contribution de Paulo Freire Vieira et Maurício Andrés Ribeiro, qui publient Ecologia Humana, Ética e Educação: a mensagem de Pierre Dansereau en 1999, et Maria Cristina de Araripe Sucupira Neves qui, en 2007, réalise un film intitulé O Pensamento Ecológico de Pierre Dansereau, il est légitime de se demander si sa pensée a traversé les enceintes universitaires pour atteindre les villes, dans un pays où près de 85 % de la population est urbaine. Alors qu’à la suite du Sommet de la Terre de nombreuses municipalités adoptaient leur agenda 21, qu’en est-il de son approche? Permet-elle d’aller au-delà du paradigme hégémonique du développement durable ? Offre-t-elle une prise concrète pour expérimenter un autre rapport entre la ville, la nature et les citoyens et citoyennes?

Le travail social a pour objet les pratiques sociales notamment celles de l’intervention auprès d’individus, de familles, de petits groupes et de collectivités. Au cours de son développement, le travail social s’est inspiré de différentes disciplines (psychologie, psychiatrie, sociologie, anthropologie, etc.) sur lesquelles il a basé ses analyses des problèmes sociaux (pauvreté, troubles mentaux, violence, itinérance, et autres) afin d’articuler ses méthodologies de l’intervention. Or, il s’intéresse au rapport entre l’humain et son environnement. Des pratiques de théorisation qui prennent en compte les interrelations entre environnement social et environnement physique et naturel s’exercent déjà en milieux anglophones, comme en témoignent plusieurs travaux, mais très peu au Québec. L'intérêt pour l’intégration et l’articulation des facteurs écologiques aux objets d’analyse “classiques” en travail social ouvre de nouveaux champs d’analyse et de pratique pour la discipline du travail social. Déjà, certains projets de recherche et d’enseignement - tel que le projet Ecominga amazonica - font appel aux théories et pratiques du travail social pour enrichir leur démarche interdisciplinaire. Cela démontre la pertinence d’entrevoir des pistes d’articulation théoriques et pratiques entre le travail social et les sciences de l’environnement. Cette communication a ainsi pour objectif de contribuer à cette articulation. Pour ce faire, nous partagerons bien sûr ce qui a été fait dans le cadre de nos recherches respectives : Sur quelles bases théoriques peut-on s’appuyer pour définir le problème socio-écologique? À quels cadres théoriques sur l’action collective avons-nous recours pour conceptualiser les problèmes de recherche? Quelle est la contribution potentielle des connaissances développées en travail social pour les sciences de l’environnement, et inversement?
  • Quelle économie pour quelle écologie? La question de la limite et de la valeur
    Éric Pineault

Après plusieurs décennies de recherches écologiques, Pierre Dansereau était venu à la conclusion que l'avenir de l'humanité serait marqué par la nécessité de « consentir à de multiples contraintes avant que nous ne soyons obligés de nous y soumettre ». Il reformulait ainsi la « question de la limite » qui est au cœur des réflexions sur le rapport société/nature qui marque les sciences de l'environnement. Cette question s'exprime d'une double manière, premièrement comment découvrir et reconnaître des limites environnementales aux pratiques économiques des sociétés humaines et ensuite, comment instituer une politique et/ou une culture qui régule ces activités afin qu'elles se tiennent à l'intérieur de ces limites. Question interdisciplinaire où les transgressions épistémiques sont constantes, parfois elles sont fécondes, mais elles débouchent aussi sur un réductionnisme problématique Nous souhaitons examiner comment cette question des limites se déploie dans les rencontres contemporaines entre économie et écologie à travers le prisme de « l'institution de la valeur » comme le qualifie Orléan. Actuellement la rencontre économie et écologie est marquée par une tension entre des langages contrastés de la valeur, langage monétaire qui simplifie le réel par la réduction quantitative et des langages qui, au contraire, se maintiennent dans l'espace du irréductiblement qualitatif, mais par le détour du discours mythopoétique ou éthique de la valeur intrinsèque. Nous accordons à Spash que le langage monétaire ne réussit pas toujours à instituer de véritables limites, qu'il peut participer d'une économicisation de la nature. Alors, comment penser l'institution de la valeur intrinsèque dans une société sécularisée où prédomine un langage structuré par les catégories de la science. Pouvons-nous inventer une « économie de la limite », en dialogue avec l'écologie, et effective dans une économie monétaire de production moderne?